L'Association pour la recherche sur les catastrophes et les risques en anthropologie (ARCRA) a été fondée par quatre chercheurs en novembre 2007, Violaine Girard, Julien Langumier, Cécile Quésada et Sandrine Revet, qui avaient achevé ou étaient en passe de terminer leur thèse d'ethnologie qui portaient sur des terrains marqués par des catastrophes naturelles ou un risque industriel.
La concordance de ces travaux ne tient pas tant au hasard qu'à l'émergence d'un nouveau domaine de recherche en sciences sociales en France, déjà constitué en histoire, sociologie ou géographie, encore balbutiant en ethnologie. L'occurrence d'une catastrophe ou la présence d'un risque sur un territoire est en effet souvent rapportée comme un élément de contexte influant sur le déroulement de l'enquête ethnographique, voire un événement perturbateur de la société étudiée mais elles ne sont pas considérées comme des objets de recherche à part entière.
La catastrophe soudaine, médiatisée et ponctuelle rompt le quotidien et provoque l'entrée de nombreux acteurs sur le lieu du drame. Saturée de discours et de mises en récits, elle interroge la démarche ethnographique attentive au quotidien, à l'ordinaire, aux pratiques et aux représentations d'un groupe circonscrit. A l'inverse, en dehors de la manifestation éclatante de la catastrophe, le risque qui menace certains territoires apparaît fuyant sur le terrain, jusqu'à devenir une question imposée par l'enquêteur, qui peut tendre à la surinterprétation.
Ces difficultés méthodologiques ne doivent pourtant pas détourner le regard anthropologique de ces objets qui, au-delà de leur actualité, articulent le temps court et le temps long, la mémoire et l'oubli, le local et le global, les rapports entre l'homme et la nature, les représentations hybrides qui recomposent des données techniques, des constructions identitaires et des explications symboliques.
L'ARCRA est une structure associative dont le but est d'ouvrir un espace d'échange et de dialogue scientifique sur les regards que l'anthropologie porte aujourd'hui sur le risque et la catastrophe. Aux côtés de l'histoire des catastrophes, du paradigme de la société du risque ou encore la sociologie des désastres nord-américaine, il s'agit d'identifier l'apport spécifique de l'ethnologie sur ces questions. En retour, l'intérêt porté pour des objets peu académiques ouvrent une réflexion sur les problématiques et les méthodes de la discipline anthropologique.
Pour répondre à cette ambition, l'association entend susciter et soutenir des rencontres scientifiques tout en assurant une capitalisation des recherches et des réflexions. Il s'agit aussi de promouvoir des formes collectives d'organisation du travail de recherche qui démultiplient les possibilités de nouer un dialogue pluridisciplinaire et international.